Charles Martel

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Arnulfiens et Pippinides

Maires du Palais

Carolingiens

Charles Martel (Herstal, v.688 - Quierzy-sur-Oise, 21 ou 22 octobre 741), fut duc d'Austrasie, puis maire du palais de 737 à 741 et souverain de facto du royaume des Francs (dux et princeps Francorum, duc et prince des Francs).

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Prise du pouvoir difficile

À la mort de son père, Pépin de Herstal dit Pépin le Jeune (714), Charles de Herstal qui a déjà 29 ans est tout désigné pour reprendre la charge de maire du palais qu'occupait le défunt, ses deux demi-frères Drogon de Champagne et Grimoald II étant eux aussi morts. Mais Charles était un enfant illégitime, et Plectrude, la femme de Pépin, fit tout pour l'écarter du pouvoir et préserver l'avenir de son petit-fils Théodebald (ou Thibaut, Thiaud), le fils de Grimoald II, âgé de six ans à peine, et l'héritier légitime. Elle fit donc enfermer Charles.

Mais c'était sans compter sur l'opinion des différentes provinces du royaume, qui n'acceptèrent pas de voir une femme diriger le royaume ; les révoltes commencèrent alors à éclater, d'abord en Neustrie en 715, lorsque Rainfroi (Rainfroy ou Ragenfred), maire du palais de Neustrie, battit l'armée de Plectrude en forêt de Cuise, et mena ses troupes jusqu'aux abords de la Meuse. Ce fut ensuite le peuple du Nord de l'Italie qui se souleva et se rallia à la Neustrie. Puis ce fut au tour des Saxons et des Austrasiens…

Évolution du royaume franc de 481 jusqu'à l'empire Franc en 814
Évolution du royaume franc de 481 jusqu'à l'empire Franc en 814

C'est à ce moment que Charles parvint à s'évader (715), et à prendre la tête des révoltés d'Austrasie. Il dut tout d'abord affronter les Neustriens de Chilpéric II et de Rainfroi : après deux batailles victorieuses (Amblève - 716, Vinchy - 21 mars 717), il les repoussa jusqu'à Paris. Puis il se dirigea vers Cologne, que Plectrude avait choisie pour s'installer avec son petit-fils. Celle-ci n'eut d'autre option que de reconnaître sa défaite et de livrer la mairie d'Austrasie à Charles.

[modifier] Pacification du royaume franc

Aussitôt au pouvoir, Charles opèra de grands changements dans son entourage, installant sur le trône d'Austrasie Clotaire IV, et répudiant Rigobert, l'évêque de Reims favorable à Plectrude…
Puis, petit à petit, il essaya de reprendre le contrôle de tout le royaume franc, mais il dut à nouveau affronter la Neustrie. Il réussit à vaincre Rainfroi, le maire du palais de Neustrie, qui s'était pourtant allié avec le duc Eudes de Gascogne. Le 14 octobre 719, il remporta sur eux une première victoire à Néry, entre Senlis et Soissons, puis à Orléans.
Il entreprit également de repousser la frontière de l'est du royaume : de 720 à 738, il conquit ainsi, l'Autriche et le sud de l'Allemagne. C'est ainsi que fut rétabli le royaume franc tel qu'il était sous Pépin de Herstal.

En 734, à la bataille de la Boarn (Boorne), les Frisons commandés par le roi Poppo (674-734) furent mis en défaite par les Francs, qui conquirent la partie occidentale des Pays-Bas jusqu'à la Lauwers.

À la mort de Clotaire IV en 719, il fut tout de même obligé de remettre sur le trône Chilpéric II. Mais celui-ci mourut en 721. Charles appela alors le fils de Dagobert III, Thierry IV, retiré à l'abbaye de Chelles, et l'installa sur le trône.

[modifier] Arrêt de l'invasion musulmane

Charles de Steuben, Bataille de Poitiers, en octobre 732, par Charles de Steuben, Musée du château de Versailles, France
Charles de Steuben, Bataille de Poitiers, en octobre 732, par Charles de Steuben, Musée du château de Versailles, France

En 732, il dut affronter les armées musulmanes du gouverneur d'Espagne Abd el Rahman. En effet, depuis 711, les Berbères occupaient la péninsule Ibérique, et continuaient lentement à avancer vers le Nord, au-delà des Pyrénées, si bien qu'à partir de 725, ayant déjà conquis le Languedoc, ils ravageaient la vallée du Rhône, allant jusqu'à mettre à sac la ville d'Autun (le 22 août 725), et assièger sans succès, en territoire franc, la ville de Sens[1].

Grâce à l'intervention du duc d'Aquitaine, Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, les premières tentatives furent repoussées. Fort de sa victoire, le duc d'Aquitaine voulut prévenir le retour des musulmans d'Espagne en s'alliant à Munuza, gouverneur berbère de la Septimanie. Le dénommé Munuza, bien que de religion musulmane, était en révolte contre ses coreligionnaires d'Espagne. Eudes lui donna sa fille en mariage. Mais Munuza fut tué en affrontant le gouverneur d'Espagne Abd el-Rahman qui, dans la foulée, lança une expédition punitive contre les Aquitains. Il engagea donc en 732 une double offensive en Aquitaine, du côté de la Gascogne, et dans la vallée du Rhône.

Cette fois, le duc Eudes ne put les arrêter seul, et demanda à Charles de venir à son aide. Le 19 octobre 732, les armées de Charles et du duc réunies faisaient face à la razzia à Moussais, sur l'actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Tours et Poitiers. Charles fit tout pour éviter l'affrontement mais encouragea le pillage aux alentours, ce qui eut pour double effet de saturer de butin les Sarrasins les rendant moins mobiles et cupides. Après six jours d'observation, la bataille s'engagea le 25 octobre et fut assez brève. Charles tua leur chef Abd el Rahman, ce qui décida les troupes sarrasines à prendre le chemin du retour. Selon d'autres sources, Abd el Rahmane n'aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée à Loupchat au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733. L'Hôtel de ville de la commune de Martel aurait été construit sur le lieu même de la bataille.

Selon certains auteurs, c'est suite à cette victoire que Charles fut surnommé Martel, puisqu'il avait violemment écrasé les troupes mahométanes, tel un marteau — le marteau d'armes étant aussi une arme de combat. Selon d'autres, profitant de l'affaiblissement du duc Eudes, il s'empare des évêchés de la Loire puis descend dans le Midi qu'il saccage consciencieusement et d'où il chasse les chefs musulmans qui s'y étaient installés quelques années plus tôt.
C'est seulement alors à cette occasion qu'il aurait gagné le surnom de Martel. Une troisième source déclare que c'est à la bataille de Loupchat que, porté en triomphe au cri de "Charles Martel !", il aurait gagné ce surnom. En tout état de cause, il est certain que ce surnom a surtout « frappé » les esprits ce qui a contribué à la création du mythe de Charles Martel. Ainsi selon l'historien allemand Karl Ferdinand Werner, la Provence fut si bouleversée par les exactions de Charles Martel que le surnom "Martel-Marteau" pourrait venir de là et non de la victoire contre les musulmans[2].

Les troupes arabo-musulmanes ne sont pas pour autant battues sur tous les fronts. Elles prennent Avignon et Arles en 735 puis attaquent la Bourgogne. Beaucoup de seigneurs bourguignons « pactisent » alors avec les berbères mais Charles Martel parvint à les refouler dans le sud de la vallée du Rhône en 736.

En 737, Charles Martel reprend Avignon avec son demi-frère Childebrand, mais n'arrive pas à s'emparer de Narbonne défendue victorieusement par les Sarrazins. Il remporte une importante victoire (bataille de la Berre) près de l'étang de Bages et de Sigean, à l'embouchure de la rivière Berre dans l'Aude contre les troupes arabo-musulmanes d'Espagne d'Omar ben Chaled. Cette victoire permit de stopper les incursions des musulmans au sud de la France et de réduire la présence musulmane à Narbonne et à certaines forteresses de Provence.
En 739, il s'allie aux Lombards pour reprendre la Provence. Tous ceux qui avaient alors collaboré avec les Sarrazins sont châtiés et leurs biens donnés aux guerriers francs. Les Berbères ne possèdent alors plus que Narbonne qui ne sera finalement libérée qu'en 759 par Pépin le Bref. Ces batailles ont grandement contribué à unifier le royaume franc autour de Charles Martel.

Les musulmans ne sont définitivement repoussés hors des territoires de la France actuelle qu'en 973.

[modifier] Création de la lignée carolingienne

À la mort du roi Thierry IV (737), Charles, fort de son très grand pouvoir, décida de ne pas lui choisir de successeur, le rôle des monarques mérovingiens étant devenu totalement insignifiant. Il prit donc réellement le pouvoir du royaume franc, et régna donc ainsi en toute illégalité jusqu'à sa mort.

À sa mort, son pouvoir fut partagé entre ses deux fils :

Son corps fut inhumé à Saint-Denis.

Bien qu'il n'obtint jamais le titre de roi, il eut malgré tout plus de pouvoir que les souverains francs de l'époque, la dynastie mérovingienne était déjà à ce moment en pleine décadence. Son pouvoir marque les prémices de la lignée carolingienne, confirmée par le sacre de Pépin le Bref le 28 juillet 754.

[modifier] Généalogie

Il est le fils de Pépin de Herstal dit le Jeune ou Pépin II et Alpaïde de Bruyères.

   ┌─ Ansegisèle (?-† av.679), maire du palais d'Austrasie (629-639). 
┌─ Pépin de Herstal dit le Jeune (v. 635-† 714), 
│  │    maire des palais d'Austrasie (v. 680), de Neustrie (687) 
│  │    et de Bourgogne (687), ainsi que dux et princeps Francorum 
│  │    (duc et prince des Francs). 
│  └─ Begga (620-† 693). 
│
Charles dit Martel
│
│  ┌─ X
└─ Alpaïde de Bruyères (?-?). 
   └─ X
 Charles dit Martel
 1) ép. Rotrude de Tréves
 2) ép. en 725 Swanahilde (cf. Agilolfing)
 3)  Rothilde de Gellone, illégitime ou concubine
 │
 ├─De 1 Carloman (° v.715 -†17 août 754 à Vienne en Dauphiné, inhumé à l'abbaye du Mont-Cassin), maire du palais d'Austrasie (741-747).
 │ ép. X
 │
 ├─De 1 Pépin III dit le Bref (v.715-† 768), maire des palais de Bourgogne (741), 
 │         de Neustrie (741) et d'Austrasie (747), roi des Francs (751). 
 │ ép. en 744 Bertrade ou Berthe de Laon dite au Grand Pied (cf. Hugobertides)
 │
 ├─De 1 Hiltrude (720-† 754). 
 │ ép. Odilon de Bavière (cf. Agilolfing)
 │
 ├─De 2 Grifon (726- 753). 
 │
 │
 ├─De 3 Aude(732-† après 755?) Aida, Aldana ou Adalne. 
 │    ép. Thierry (Théodoric), comte d'Autun
 │    └─Guillaume de Gellone
 │
 ├─De 3 Bernard (725-† 787), abbé et comte de Saint-Quentin. 
 │
 ├─De 3 Jérôme (?-† ap.775), abbé de Saint-Quentin. 
 └─De 3 Rémi dit saint Rémi (?-† 771), évêque de Rouen.

[modifier] Notes

  1. Manuel d'histoire du Moyen Âge..., page 335
  2. Karl Ferdinand Werner,Histoire de la France, tome 1, pp.191-192, Fayard, 1984

[modifier] Bibliographie

Ouvrages spécialisés :

  • Pierre Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, 1983 [détail des éditions]
  • J. Jarnut, Karl Martell in seiner Zeit, Sigmaringen, 1994 (recueil d'articles en allemand).
  • Michel Rouche, L'Aquitaine des Wisigoths aux Arabes.

Outils de travail :

  • Jean-Charles Volkmann, Bien Connaître les généalogies des rois de France (ISBN 2-877472086)
  • Michel Mourre, Le Petit Mourre. Dictionnaire de l'Histoire (ISBN 2-03519265)

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens externes

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